ENTRE DEUX MONDES
ENTRE DEUX MONDES
© L'apogée de l'histoire des touaregs a été faite par des reines
telles KAHINNA et TIN HINANE princesses AMAZIGH qui se sont imposées plusieurs
siècles avant l'Islam, des rives méditerranéennes aux confins sud du Sahara.
Avec elles, le
matriarcat qui leur donne droit à tout le pouvoir et à toute prise de décision
s'est imposé à la société touarègue. Le résultat de cette prépondérance
matriarcale et de cet engagement subtilement féminin, a consacré définitivement
le droit du fils de la sœur de l'AMENOKAL à prendre la relève du pouvoir
aristocratique. Comme cela on est sûr de préserver l'héritage génétique
matriciel.
C'est de la lignée
maternelle que se transmettent les pouvoirs aristocratiques……
La place importante qu’occupait la femme dans la société touarègue témoigne des tendances matriarcales bien connues de la berbérité et qu'ici, une islamisation somme toute superficielle n'a pu gommer. Musulmans de rite malékite, les Touaregs sont peu sensibles aux charmes fondamentalistes et l’islam reste très modéré.
Une de mes amies : Rapsa_femme seule avec enfants
Dans les tribus
(touchit), Le terme de tribu ("tawchit") désigne un groupe de familles
portant un même nom collectif, se
rattachant à un ancêtre commun.
La femme (tamtet) touarègue
occupait une place prédominante, surtout
par son implication dans le cadre de l'épanouissement de la cellule familiale
et de toutes les dynasties. Ce statut faisait
apparaître des particularités socioculturelles importantes qui étaient ancrées
aux modes de vie des communautés, à leurs cadres naturels de vie et de certains
événements extérieurs.
Elle était la charpente des groupes structurés autour d’elle. Son évolution
partait d'un héritage historique, spécifique à chaque clan. Sa charge fondamentale,
en tant que gardienne de la tradition, était de transmettre la langue et
l'écriture touarègue "Tifinagh" (écriture dont les
femmes avaient naguère le monopole de la transmission) aux nouvelles
générations. Cette tradition se perd de jour en jour.
Le "Tifinagh"
a été écarté par l’écriture arabe imposée par les religieux.
La femme se consacrait à
l'éducation des enfants, de la jeune fille en particulier, des travaux
domestiques et de la surveillance des animaux. Elle était le support
essentiel sur lequel reposaient toute la vie économique et l'avenir de la
communauté.Elle proposait des choix, gérait et encadrait le campement en
l'absence de l'homme et prenait part à toutes les décisions même en présence
des hommes. Elle disposait d'une
certaine autonomie sur le plan économique que lui conférait le droit à la
propriété.
Les
touaregs étaient un peuple monogame, noble, fier, honorable et faisait partie
d’une société matriarcale, ce qui a bien changé. (Triste évolution pour les
femmes).
La femme refusait la
polygamie et essayait de mettre à profit son statut pour imposer à l’homme la
monogamie.
Mais avec le brassage des populations, les perturbations psychologiques, certains hommes changent
de mentalité et commencent à adopter des raisonnements méprisables, dégradants
à l’encontre de la femme….Tout
prétexte est bon pour chercher la bagarre, qui parfois entraine les coups. On voit
de plus en plus de touaregs polygames. La
polygamie est arrivée chez les touaregs avec l'Islam.
C'est
un choix de vie pour qui ? Pour la femme ou pour l'homme ?
Qui en
retire le plus d'avantages et de plaisir ?
Il
semblerait que vivre avec une femme sans instruction donne à l’homme une
certaine importance à ses yeux. Cela lui permet de s’affirmer même en disant
des bêtises puisqu'en face il n'y a pas de démentis car pas d’instruction pour
permettre la discussion (hormis sur le plan domestique).
Cela lui permet d'agir à sa guise puisque c'est lui qui a le savoir.
Contre le pouvoir "instruit"
Comment peut se révolter le peuple "non instruit" ?
C’est
la soumission car la révolte ne peut-être autre que la violence.
Dans la
société africaine en particulier, un homme ne peut accepter et approuver que sa
femme lui soit supérieure par l'instruction ? D’où le
choix de prendre une femme analphabète. La communauté
touarègue progresse et une grande fusion des ethnies est en train de se
réaliser.
Certains
pensent, que tout peuple qui se ferme, fini par s'éteindre. Que la femme touarègue
doit prendre conscience de l’originalité de sa nouvelle situation en se
scolarisant ! Son héritage culturel de référence peut bien s'accommoder de
tout arrangement !........ Et que
le mélange, la connaissance de l'autre nous amène à réfléchir sur leurs
perceptives et leurs façons de vivre. Je n’en suis pas convaincue.

Chantal-M avec ses amies touarègues
Car la femme touarègue
reste l'objet de discriminations plus ou moins fortes,
et cela tout au long de son existence.
La fillette qui aura
l’opportunité d'aller à l'école, aura moins de chance que ses frères de
poursuivre une éducation normale. Elle ne sera pas stimulée à la
réussite et sera continuellement sollicitée par les tâches ménagères pour
alléger le fardeau de sa mère. Si elle est à la recherche d'un
emploi, elle n’aura pas les mêmes chances qu'un homme sauf dans certains
secteurs où la pénibilité repousse certaines et dont les salaires sont très
bas.
Toutes ces discriminations ne
sont pas le fait de la situation d’un seul pays puisqu'elles existent à des
degrés divers sur la planète entière.
Mais qu'on le veuille ou pas,
la femme se présente aujourd'hui comme une actrice sociale, qui va soulever des questions générales pour
s’intégrer dans le développement.
Améliorer la condition et le
statut de la femme touarègue nécessite de notre part une très forte détermination
et motivation afin d’enrayer un nombre incalculable de difficultés. Or, la
problématique revêt un enjeu colossal sur un continent en pleine mutation où
les priorités doivent être définies, notamment aux plans de l'éducation, et de
la croissance démographique.
On ne résoudra pas le problème sans faire une
place de choix à l'amélioration des conditions de vie des femmes dont est-il
encore besoin de rappeler qu'elles constituent la moitié de la société.
En dépit des déclarations de bonnes intentions
faites par les dirigeants politiques, la place de la femme n'est pas reconnue,
faute de volonté politique réelle en faveur de sa promotion.
LA FEMME TOUAREGUE DE NOS
JOURS
Le rôle de la femme au
sein de la communauté est détérioré par des causes internes et externes. Le
précepte éducatif pour les jeunes enfants, gérait par la mère, fait place actuellement
aux escapades dans la brousse, à la vie incohérente et disloquée de la famille.
Ces deux phénomènes font l'éducation des enfants.
Une des matriarche de notre secteur de travail
La femme devait
préserver l'héritage génétique mais l'emprise du modernisme sur la culture
traditionnelle a détruit toutes ses espérances.
Ces comportements contraires
à leur culture deviennent fréquents, ordinaires.
Prenons comme exemple la
polygamie intégrée dans les us et coutumes du fait de l'islam et de la fixation
dans les villes.
Ce qui explique l’accroissement du nombre de divorces chez les touaregs.
L’homme touareg actuel ne supporte plus aucune discussion avec la femme qui
fait preuve d’une opposition farouche afin de défendre ses acquis ancestraux, elle
est consciente qu’elle perd son pouvoir, sa valeur et sa liberté. Cette
suprématie mal dirigée est source de conflits permanents et même journaliers dans
le couple.
Cette rivalité homme/femme
ne fait que s’aggraver face aux enchaînements du cours de l'histoire. Cela devient plus
poignant quand nous sommes en face d'une société matriarcale comme celle des
touaregs et qui perd tous ses repères.
La répudiation est le plus souvent l’initiative de l’homme,
rarement le divorce est demandé par la femme, pour l’unique raison qu’elle est
obligée de laisser les enfants à son mari, sauf ceux qui ne sont pas encore
sevrés. Elle emporte la tente et
le matériel domestique qu’elle a apporté lors du mariage. Les animaux de la dot (tagal)
peuvent être restitués ou non selon les raisons de la séparation et les
coutumes qui ont cours dans la tribu concernée. Malgré tous ces sacrifices, les divorces sont aussi fréquents
que les unions. De nombreux jeunes divorcent après seulement une ou deux années
de mariage.
Selon une enquête
réalisée par un quotidien : En trois ans, les divorces coutumiers enregistrés
par l'Association Islamique du Niger sont passés de 640 cas à 722 cas en une
année. Le phénomène semble
concerner aussi bien les unions traditionnelles que civiles.
Un autre journal annonce quant à lui : Le divorce prendrait le
pas sur le mariage. En 2 ans, 233
mariages ont été enregistrés contre 327 divorces
et répudiations.
Les causes de ces
divorces sont entre autre :
Le
mariage précoce,
La
violence verbale journalière de l'homme sur son épouse,
Les
coups et blessures portés sur la femme,
Le
refus du mari de prendre en charge totalement les besoins de son épouse (comme
le veut la tradition),
La
polygamie
L’adultère.
Pour ces femmes, le
mariage n’est plus une garantie de sécurité.
Les
absences quotidiennes du mari,
Les
divorces de plus en plus fréquents,
Les
rivalités entre épouses et coépouses (parfois de statut différent) sont autant de facteurs qui menacent la
sécurité d’un avenir sans soucis matériels.
Toute femme aspire à se
marier et à avoir des enfants, car son statut dépend de celui de l’homme, et de
sa descendance mâle. Dans un clan une femme
seule ne compte guère. Ce n’est qu’à travers le mariage qu’elle peut espérer accéder
à une position sociale de respect. Toujours est-il que dans
des circonstances de pauvreté extrême, le mariage n’apporte qu’une surcharge de
tâches accablantes, sans que la femme puisse être à l’abri des soucis……
En
brousse il y a plus de femmes que d'hommes.

Du fait de l'exode des
hommes, le rapport homme/femme a été désorganisé. Il en résulte une grave
perturbation des codes et principes dirigeants. Les conséquences de ces
déstabilisations diffèrent sensiblement d'un biotope à l'autre ou d'une tribu. Ces situations sans
précédent ont plongé une société dans le désarroi et elle tente d’y répondre au
coup par coup. Même les règles du mariage ont changé.
Chaque jour la femme
touarègue est confrontée aux problèmes alarmants de la mondialisation, par le
déséquilibre de ses conditions de vie et par les bouleversements socioculturels.
[D’après les témoignages
recueillis par Marie Monimart, les
femmes semblent désirer avoir moins d’enfants, tandis que les hommes voient la
confirmation de leur virilité dans une descendance nombreuse. Le comportement
reproductif est toujours soumis aux priorités masculines
- les femmes n’ont pas encore acquis le droit de déterminer quelle sera la
taille de leur famille.
² La femme est une machine à reproduire. Plus il y a d’enfants, plus il y a de main d’œuvre : l’avenir est assuré ! ²
Les mères sont dans l’incapacité d’assumer leurs responsabilités
traditionnelles en matière d’éducation, du fait des grossesses trop rapprochées
et du travail journalier trop important. Cette surcharge de travail entraîne
non seulement un besoin d’assistance qui empêche leurs filles d’être
scolarisées, mais aussi un manque de temps et de disponibilité les empêchant de
transmettre à leurs filles les connaissances reçues des générations
précédentes.
Le danger existe donc que les femmes de la génération suivante seront non seulement analphabètes comme leurs mères, mais de plus privées des connaissances traditionnelles qui depuis des siècles ont aidé les femmes à survivre.]
La situation est plus que préoccupante car la femme touarègue est en train de survivre et constate qu’elle perd tous ses privilèges, ses repères et sa place dans la communauté.
Elle doit s'adapter au
nouveau contexte socioéconomique tout en restant la gardienne et la dépositaire
de la tradition, en gardant sa personnalité culturelle qui fait d'elle un
symbole, elle doit maitriser tous ces bouleversements et elle doit conserver
son rôle de sentinelle du patrimoine culturel.
La femme touarègue doit à
présent participer, à travers les ONG et associations, au développement de la
communauté. Avec ces comportements modernes et précurseurs, cela lui permettra
de mieux s'impliquer dans le combat des Droits de l’Homme pour faire
reconnaitre ses droits et les faire respecter.

LES NOUVEAUX DEFIS DE LA FEMME TOUARÈGUE
La nature n’a pas épargné les touaregs. Les bouleversements spontanés tels que les sécheresses, les invasions de criquets, les inondations, l’assèchement des puits et les conséquences qu'ils ont entrainés, ont eu un effet dévastateur sur leurs parcours traditionnels et leur mode de vie, compromettant leur avenir. Ces migrations de chaos sont des migrations de la faim et de la misère
Les inondations de septembre 2009 désorganisent la vie des populations

La borne kilométrique, sentinelle du temps veille sur ce désastre en contemplant ces pierres !


La totalité des jardins emportés par les eaux, laisse une population dépouillée, et indigente.
Les migrations de
travail plus anciennes voire traditionnelles, qui poussent seulement les hommes
vers les villes pour le ravitaillement ont été modifiées dans leur cycle par la
désertification, l’extension des jardins qui empiètent sur les aires de pâturages.
Ce qui entraîne le départ et une errance permanente de tout le clan à la
recherche d'un milieu plus accueillant.
Les touaregs doivent se
réadapter en détruisant la structure sociale et les rôles assignés à chacun. S’ajoutent
à ce changement outre les modifications socioculturelles, politiques et
économiques importantes, les nouveaux rapports avec leur environnement
physique.
Ces migrations représentent un abandon insupportable pour la société avec de très
lourdes conséquences sur l'équilibre socioéconomique.
Femmes et hommes ayant perdu tout leur cheptel animalier, affrontent ensemble
la détresse, l'oisiveté forcée, le découragement, le dépérissement à l’idée de
reconstituer un jour le troupeau et de reprendre l'ancienne vie. Ces communautés de nomades appauvries, humiliées,
déstabilisées, désorientées, désorganisés se retranchent dans les villes, gardant
un lien indéfectible avec leur territoire.
Ces déplacements les
amoindrissent, les rabaissent au statut de déplacés et malvenus. Ils sont rejetés.
Commence alors une vie désarticulée, ouverte à tous les tourments dont les règles leur échappent.
L'influence du modernisme sur la culture traditionnelle a pour conséquence La débauche forcée
La femme se sent
abandonnée seule face à la misère, à la désespérance, à la maladie ou à la
mort, à la tristesse, à l'incertitude, à l'angoisse.

La perte de leur cheptel,
les récoltes nulles ou insuffisantes, la raréfaction des produits de
cueillettes, l'exode massif ont entraîné la misère des populations nomades et
détruit les circuits traditionnels du commerce et d'échange.
Tout cela, s'accompagne de la perte de revenu propre et de sécurité
matérielle et en cas de divorce, plus d'épargne si besoin d'argent, plus de
viande pour les fêtes ou obligations sociales, plus de lait pour les enfants ou
pour la vente.
La survie grâce à l'aide
alimentaire, à la mendicité, à la prostitution, sont le lot quotidien de la
femme touarègue, sevrée de tout soutien économique et culturel.
Poussée par la nécessité
la femme touarègue a dû se soumettre, faire des travaux auxquels elle n’a
jamais participé. Par conséquent son
rôle socioculturel et éducatif s'est trouvé lui aussi fragilisé.
Le dépeuplement
important des campements vers les villes a des conséquences désastreuses sur
les destins individuels et collectifs.
Il a entraîné chez la femme de profondes
perturbations sociales qui laisseront des traces indélébiles.
Ces profondes mutations qui touchent toutes les tribus entrainent des reconversions difficiles et insupportables. Elles affectent le tissu social.
La sédentarisation forcée conduit la femme touarègue à s'installer dans un
milieu où elle est démunie de tout moyen de subsistance autonome favorisant son
appauvrissement. Si les biens familiaux ont été vendus pour assurer la survie
du groupe, la femme a été aussi dépouillée de ses biens propres : bétail et
bijoux.
Les prochaines générations
sont l’illustration de générations sacrifiées. Elles ne seront plus
porteuses des attributs essentiels de cette culture ancestrale.
La femme touarègue n’est plus protégée par tous ces bouleversements.
Seule sa force intérieure va la protéger.
Et elle en paie le tribut le plus fort.
Un peuple ainsi déstabilisé, perd
ses repères, et vaincu par les épreuves naturelles et humaines n’arrive plus à
préserver sa culture.
Suite : Femmes de Brousse.....................
